DemysTEAfication

24 septembre 2014

Ao Bizen, le Bizen en réduction : cuit au bois ou pas ?

bizen a imbe

La céramique de Bizen est traditionnellement cuite au feu de bois, ce qui lui confère justement ses glaçures particulières et les effetsqui lui sont propres ... Mais aujourd'hui, tous les styles de Bizen peuvent être reproduits de manière "artificielle" ... tous ? Pas tout à fait exactement ...

Toute la difficulté réside alors à faire la différence entre une cuisson au bois, longue et onéreuse, et une cuisson au gaz ou au four électrique ( on notera toutefois que la cuisson électrique en réduction semble peu utilisée car difficile à maîtriser et semble abimer le four dans le cas contraire ), moins onéreuses et plus faciles à contrôler ... pour cela, il existe des signes qui ne trompent pas, encore faut-il les connaître ...

Le Ao Bizen ou Aobizen, va prendre sa teinte grise caractéristique du fait de sa cuisson en réduction, c'est-à-dire du fait d'une cuisson dans une atmosphère très pauvre en oxygène. L'application de cordes de paille autour de l'objet à cuire, celle-ci brulant pendant la cuisson, va laisser une empreinte visible : une glaçure de cendres ... le phénomène est le même pour tous les styles de la céramique Bizen, qu'ils soient cuits en réduction ou non, mais l'analogie s'arrête là.

Le Ao Bizen cuit au four à gaz ou au four électrique :

Aobizen de bizen

Le Ao Bizen cuit au four à gaz ou au four électrique va se caractériser avant tout par une surface un peu rugueuse, celle de la terre brute, presque identique à sa sortie du tour, la pièce étant également systématiquement d'une couleur gris clair. Cela est dû au fait qu'aucune retombée naturelle de cendres ne va couvrir petit à petit la surface de la céramique et constituer la glaçure.

céramique de bizen

Malgré tout, il va être possible de marquer la pièce de céramique ainsi cuite, notamment grâce à un entourage de cordelettes en paille de riz, comme cela se fait pour le Hidasuki. Cependant, au lieu de laisser des traces d'un brun rougeâtre, cette technique va laisser ici des traces allant du noir profond au gris crème. Caractéristique supplémentaire, cette technique va également former une couverte brillante et lisse à l'emplacement exact des cordes et à leurs abords immédiats, formant un contraste très facile à repérer à l’œil nu, comme l'illustre la photographie ci-dessus.

Le Ao Bizen cuit au feu de bois :

japanese ceramic ceramique japonaise bizen

Le Ao Bizen cuit au feu de bois va, lui, se couvrir d'une glaçure qui va recouvrir l'ensemble de la pièce de façon assez fine et lisse. Cet aspect particulier est dû spécifiquement aux techniques employées pour réaliser une cuisson au bois.

De fait, contrairement à la cuisson par gaz, ou tout le four va être consacré, pour une cuisson, à la cuisson en réduction et dont, par conséquent, toutes les pièces de la fournée visée seront cuites de la même manière, la cuisson au bois réalisée de façon traditionnelle ne cuit qu'une partie des céramiques d'une fournée en réduction. En effet, la majeure partie des pièces d'une fournée de cuisson au bois sera cuite en oxydation, de façon "courante", seule les pièces recouvertes par d'autres plus grandes et sans apport d'oxygène seront cuites en réduction.

Le phénomène est assez simple à comprendre : une fois les pièces de céramique recouvertes par une pièce plus grande, la cuisson enclenchée va produire des cendres qui vont isoler "sous cloche" les pièces cuites en réduction, l'oxygène résiduel présent sous cette "cloche" avant le début de cuisson étant consommé par cette dernière. Seules les cendres les plus fines semblent alors pouvoir s'insinuer sous cette cloche et contribueront à former cette glaçure caractéristique, relativement fine et lisse au toucher, oscillant entre le gris très foncé et un gris moyen, sur tout le corps de la pièce. Cette nuance de couleur et cette relative uniformité et finesse de recouvrement ne peuvent être, au jour d'aujourd'hui, reproduites correctement avec les techniques modernes de cuisson au gaz ou à l'électricité.

céramique de bizen cuisson traditionnelle au feu de bois

Les marques laissées par la combustion des cordelettes de riz sont elles aussi caractéristiques d'une cuisson au bois. Celles-ci, par contre, ne semblent pas pouvoir être reproduites sans respecter le processus d'une cuisson au bois.

Tout d'abord, contrairement au cas précédent, l'emplacement de combustion des cordelettes ne laisse pas une glaçure lisse mais, littéralement, un trait en léger relief. Cela est dû au fait que le reste du corps de la pièce va également avoir un apport de cendres fines qui formeront la couverte ... dès lors, les cendres issues de la combustion des cordelettes ne se "diluent" pas sur les zones situées à proximité. Le trait obtenu sera ainsi bien plus net que dans le cas du trait issu de la cuisson au gaz.

Ensuite, et cela se repère facilement, les traits obtenus ne sont tout simplement pas totalement noirs ! Une partie de la cuisson ayant eut lieu en oxydation, le temps que la "mise sous cloche" se fasse, le trait va donc prendre une coloration particulière, oscillant entre le gris noir et le gris beige, la ligne formée étant également marquée par endroits de petits points noirs de tailles inégales.

Les différences entre le Ao Bizen cuit au bois et le Ao Bizen cuit au gaz sont donc relativement marquées, au point que l'on pourrait considérer qu'il y a deux types distincts d'Ao Bizen, chaque type ayant des charmes particuliers que ne possède pas l'autre.

20 septembre 2014

Seijo No Shiro millésime 2013 " Palais des Thés "

ustensiles de la cérémonie du thé

Vendu au Palais des Thés pour 40 € dans un conditionnement de 40 grammes ( soit 100 € les 100 grammes ), ce Matcha est originaire de Uji. Comme je l'ai déjà écrit, ce comptoir revend un produit de la marque Marukyu-Koyamaen depuis quelques années maintenant puisque ce type de matcha est toujours inscrit à leur catalogue.

chawan chasen

Le goût est toujours aussi fin, très aérien et sans amertume marquée. A l'odeur, les algues sont très peu marquées, et elles disparaissent tout à fait en bouche, laissant une pointe de verdure un peu séchée et une pointe d'amertume sur la langue en longueur en bouche.

Pour finir, je dirai que ce matcha est dans la droite ligne du précédent millésime, peut être un peu onéreux pour sa gamme de qualité, mais l'effort reste toujours louable à ce jour, au vu du peu de ventes que le Palais des Thés doit réaliser sur ce type de produit.

Palais des thés

17 septembre 2014

Wen Shan Bao Zhong " Terre de Chine "

Oolong Terre de Chine wulong

Ce Wulong fermenté à 15 %, originaire du district de Ping Lin, au nord de Taïwan est commercialisé par le comptoir Terre de Chine au prix de 50 € les 100 grammes.

yuzamashi shibuya deishi yunomi yamane seigan

La liqueur est d'un beau jaune doré, extrêmement limpide. Au nez, ce sont des touches florales qui se dégagent, le lys dominant de loin l'ensemble, rappelant très nettement les Tie Guan Yin.

On pourrait donc s’attendre à ce que les arômes qui se développent en bouche soient identiques à cette première impression, mais il n'en est rien ... En bouche, en effet, la surprise est là, et c'est un changement total qui s'opère, avec une dominante d'arômes évoquant les petites fleurs des champs ainsi que les herbes sauvages et la paille séchée, sans que plus aucun arôme de lys ne soit perceptible. Une longueur en bouche de fleurs miellées vient couronner le tout de façon très agréable et subtile.

wenshan baozhong taiwan

L'infusion est assez belle et est majoritairement constituée de grandes feuilles entières ou de moitiés de grandes feuilles ainsi que de quelques morceaux épars.

La gamme de prix de ce thé en fait sans aucun doute un thé relativement onéreux au premier abord, et il est difficile d'en faire un thé de consommation quotidienne, mais sa longue tenue et le nombre d'infusion que l'on peut en obtenir vient compenser son côté onéreux, ce qui lui confère au final, avec sa relative complexité, un rapport qualité / prix qui lui est plutôt favorable.

13 septembre 2014

Matcha Asahina " Kioko "

chawan chasen

Importé et vendu par l'épicerie Kioko au prix de 7,80 € les 30 grammes, soit 26 € les 100 grammes, ce matcha est assez déroutant à plusieurs égards ... Tout d'abord par son odeur avant d'être mélangé au sein du chawan : cela sent relativement les embruns et les algues, moins que certains sencha, mais pas loin tout de même, alors que le matcha dégage d'habitude une odeur assez douce et un peu herbeuse.

épicerie kioko paris

La surprise suivante vient à la première gorgée : le côté extrêmement doux et le côté fin et peu appuyé des arômes en bouche ... un léger goût iodé et des algues, mais comme éthérées, avec une bonne longueur en bouche sans amertume.

Ce matcha a donc été une relative surprise pour moi, les matcha de cette gamme de prix étant d'habitude bien plus fort, bien plus amers, plus faits pour la pâtisserie ou la cuisine que pour la consommation traditionnelle ... Il se révèle au final être plutôt bon, et les non-habitués intéressés par le matcha mais rebutés par son habituelle amertume pourront commencer avec celui-ci avec facilité et pour un prix relativement modique en plus, ce qui lui confère par ailleurs un des meilleurs rapport qualité / prix que l'on puisse voir pour un matcha.

poudre de matcha

11 septembre 2014

Soma-Yaki et Ishigaki-Yaki

Kaneko Haruhiko
Photographie © MCJP / Kaneko Haruhiko
Le treize septembre à venir se terminera les deux petites expositions de la Maison de la Culture du Japon à Paris. Toutes deux sont faciles d'accès et l'entrée est gratuite. 

La première, intitulée " Kaneko Haruhiko, maître de la céramique d'Ishigaki "  est consacrée, comme son titre l'indique, au Ishigaki-Yaki à travers les œuvres de l'atelier de Kaneko Haruhiko ( l'Ishigaki Pottery Studio ) et de sa palette de couvertes Tenmoku / goutte d'huile sur chawan et ustensiles de la cérémonie du thé, mais également sur des ustensiles pour un usage plus quotidien et sur des céramiques architecturales et des céramiques ornementales.

Ishigaki-Yaki
Photographie © Ishigaki Pottery Studio / Kaneko Haruhiko
La particularité de ces dernières est d'ailleurs de combiner les couvertes Tenmoku avec les techniques du Kaga Maki-e, céramique et laque se répondant tout en finesse dans ce merveilleux dialogue de techniques qui ne se rencontrent habituellement pas, mais qui sont ici totalement complémentaires.

Maison de la culture du japon a paris

La seconde exposition, intitulée " Des chevaux rapides comme des dragons " est elle consacrée à la céra­mi­que de Soma ( caractérisée par des couvertes principalement situées dans une large gamme de tons verts, de larges craquelures et un motif animalier peint, un cheval dans la grande majorité des cas ) mais aussi à la fête du Soma-nomaoi, course de cavaliers vêtus d'armures de samouraï dans le respect d'une tradition remontant au XVIème siècle.

Cette petite expo­si­tion, en mettant en avant ces deux tra­di­tions cultu­rel­les du nord du dépar­te­ment de Fukushima est également un soutient pour celles-ci en participant à leur rayonnement, ces traditions ayant été impactées, elles aussi, par la catas­tro­phe du 11 ­mars 2011.

Maison de la culture du japon à paris