20 novembre 2014

Choisir une théière de Yixing : les pièges faciles à éviter

théière en terre de Yixing pour gongfucha ou gong fu cha

Le néophyte confronté à l'achat de sa première théière de Yixing est souvent taraudé par la même question : " Est-ce que ce que j'envisage d'acheter est de bonne qualité ou non ? " Il est à la fois difficile et facile de répondre à cette question car elle se rattache à la question " Suis-je en train de me faire avoir ou pas ? " ... 

... difficile car à partir d'un certain niveau de prix, la qualité de l'exécution fait que l'on rentre dans un monde "d'experts" et que les questions tournent alors plutôt sur le type de terre utilisée, si c'est bien la terre mentionnée qui est effectivement utilisée, sur le fait que l'objet ait été réalisé entièrement à la main ou non et enfin s'il s'agit bien d'une antiquité ou non ... ce ne sera pas le sujet de ce post qui sera déjà bien assez long comme cela ...

... facile en même temps, car il est aisé d'éviter les pièges les plus grossiers, à condition de faire montre de deux sous de jugeote, ce qui permettra d'éliminer un nombre incalculable de théières dites " de Yixing " très bas de gamme ou de fausses théières " de Yixing " ...

Entendons-nous tout de suite, il ne s'agit pas uniquement d'une question de prix ... cela veut dire que l'on trouvera facilement des choses innommables à des tarifs extrêmement élevés. Cela veut aussi dire que l'on peut trouver des théières tout à fait acceptables à des prix raisonnables voire modiques ... encore faut-il avoir ouvert un minimum les yeux et prendre le temps de réfléchir deux secondes ... par "acceptables", je veux désigner des théières qui pourront être utilisées sans poser de problèmes en terme de manipulation et qui ne soulèvent pas de questions plus épineuses ...

En premier lieu, il est une question absolument nécessaire qu'il est essentiel de se poser : " Quel thé vais-je y infuser ?  " ... car si une théière de Yixing doit être "idéalement" destinée à l'infusion d'une unique famille de thé - même si cela est peut être discutable, mais c'est un autre sujet - encore faut-il savoir quelle famille de thé y infuser ... et autant être franc, inutile de dépenser des fortunes en théières pour y infuser du Puerh Shu ... par contre, cela sera peut être plus intéressant pour un Oolong de qualité ou un Puerh Sheng ...

Laissez moi tout d'abord vous présenter une de mes premières théières justement achetée, après une longue hésitation et moult réflexion, car peu onéreuse, c'est-à-dire à peu près 40 €, frais de port inclus depuis l'autre bout de la planète ...

théière pour gongfucha

Il s'agit d'une théière de Yixing de forme Xishi. Elle n'a rien d'exceptionnel, elle ne transforme pas le thé médiocre en grand cru rare, elle n'est pas l’œuvre d'un grand maître ... elle fait avant tout son travail, comme le ferait un gaiwan ou un zhong en porcelaine, même si je trouve qu'elle a tendance à lisser les arômes de cave humide ... quoi qu'il en soit, pour y préparer des Puerh Shu, c'est bien suffisant ... ce qui fait que son seul vrai avantage est d'être, point commun de toutes les théières, pratique d'usage, et seulement cela.

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Cependant, même à ce prix elle est exempte de nombreux défauts de fabrication qu'il est facile d'éviter ... signes d'une qualité médiocre que je vais maintenant détailler ci-dessous ...

  • Les traces de moulage

Tout d'abord, cette dernière théière est exempte de traces de moulage visibles, ce qui signifie, alors qu'elle sort bien évidemment d'un moule, qu'il s'agit sans aucun doute d'une production en série et qu'elle n'a donc pas été réalisée " à la main ", qu'un certain soin lui a tout de même été apporté pour y gommer les traces les plus perceptibles de ce moulage ...

Les traces de moulage se trouvent généralement sur le milieu du corps, cette partie de la théière étant le plus souvent moulée en deux parties. Outre la partie soulignée en rouge ci-dessous, la plus difficile à voir, un œil attentif verra comme un accroc sur le bec ... c'est un autre signe de moulage, plus visible celui-ci ...

gongfucha
Photographie © Jiangtea Ltd
gongfucha
Photographie © Jiangtea Ltd

Détail insignifiant me direz-vous ? Pas vraiment ... c'est ici qu'entrent en ligne de compte les processus de fabrication ... car si aucun soin particulier n'est apporté à un objet de la sorte lors de sa fabrication, c'est que l'ouvrier ( car on ne peut plus parler d'artisan ici ) est pressé de produire, étant sans aucun doute payé à façon, c'est-à-dire à la pièce, et n'allant donc pas perdre de l'argent en fignolant plus que nécessaire un produit conçu dès l'origine comme bas de gamme puisque confié à une personne peu qualifiée ... et si l'ouvrier est peu payé pour produire un objet à la chaine, il y a fort à parier que l'entrepreneur qui commande ce type de théière ne sera pas près à payer non plus pour une terre de qualité acceptable ... dès lors, autant infuser son thé dans un pot de fleur, le résultat sera le même et l'objet se trouve facilement dans toute bonne jardinerie pour 4 ou 5 euros ...

On mettra dans cette même catégorie le soin apporté au travail sur la jonction entre le bec et le corps de la théière ainsi qu'au soin pour la jonction entre le bec et le corps de la théière .. ou encore la finesse de l'anse, le soin apporté au bouton, etc, bref, à toutes les finitions qui donnent une ligne harmonieuse à une théière ...

  • L'alignement bancal

En deuxième lieu, vient un autre problème révélateur d'une fabrication à la chaine peu soucieuse de la qualité du résultat final, à savoir un mauvais alignement, déjà un peu plus dur à voir ... A première vue, la théière ci-dessous n'a aucun problème, elle ne semble pas avoir de défaut et parait toute simple ...

gong fu cha
Photographie © Ebay Inc

Pourtant, elle a aussi un problème, issu d'un processus de fabrication bâclé. Une fois le corps assemblé, le potier vient y fixer l'anse et met en place le bec. Si le potier n'est pas assez adroit, si le séchage est insuffisant ou si la cuisson est mal maîtrisée, il va se produire un petit défaut d'alignement, comme on peut rapidement s'en rendre compte ci-dessous.

gongfucha
Photographie © Ebay Inc

Ainsi, en traçant une droite partant du milieu de l'anse et passant par le milieu du bouton du couvercle, on doit plus ou moins tomber au milieu du bec ... et cela même si la théière a été entièrement moulée ... donc, là encore, ce défaut est majoritairement le révélateur d'une fabrication à la chaine par un ouvrier peu doué  ou peu  intéressé par sa tâche ... même si ce dernier défaut peut encore passer à condition de ne pas être trop marqué ...

  • Le filtre raté

La facture du filtre est aussi un élément très éclairant sur le niveau de qualité de la théière. Je n'aborderai pas ici les différents types de filtres, ce sera fait dans un article consacré. On notera cependant qu'après la mode des filtres dits " balle de golf ", c'est désormais les filtres à trou unique qui sont en passe de devenir à la mode car plus faciles à réaliser ... par contre, je soulignerai ici des différences révélatrices, en particulier sur les filtres " balle de golf "...

terre de yixing

La photographie devrait se passer de commentaire mais on peut faire les remarques suivantes : A gauche, il s'agit du filtre de la théière réservée au Puerh Shu déjà présentée ci-dessus ... à droite, une théière valant près du double, soit à peu près 70 € à l'époque de son achat. Les filtres balles de golf sont toujours réalisés sur gabarit, mais la régularité des trous et la finition générale de ce type de filtre est essentielle, notamment pour une bonne verse ... si le filtre à peu de trous, si les trous se rejoignent partiellement, si le filtre est en partie cassé, cela est révélateur d'un manque de soin ... comme la fabrication de ce type de filtres est chronophage, plus une théière sera bas de gamme moins elle aura un filtre soigné ...

yixing copie ou faux
Photographie © Ebay Inc

A contrario, le fait que le couvercle s'adapte parfaitement et soit donc " étanche " n'est en aucun cas un signe de qualité ... c'est juste le signe qu'un gabarit a été utilisé ou que l'ouverture et le couvercle ont été moulés ... Une excellente théière que je possède a ainsi un couvercle qui se balade largement et qui fuit légèrement suivant la position dans laquelle on tourne le-dit couvercle ... elle aurait été fabriquée vers la fin des années 80 par un sous-traitant de la fameuse "Usine n° 1" selon des critères de qualité un peu plus "lâches" mais fait bien son travail et est faite dans une excellente terre :

gongfucha

Tous les points énumérés ci-dessus ne sont pas graves en eux-mêmes, ils n'empêchent pas d'utiliser la théière, ni ne mettent l'utilisateur en danger. Il sont justes révélateur d'une production de série et plus ces défauts s'accumulent sur une même théière, plus ils sont le signe d'une mauvaise qualité de terre. Ainsi, plutôt que d'acquérir ce genre d'article, on économisera quelques sous supplémentaires pour acquérir une théière de milieu de gamme, qui ne coûtera pas beaucoup plus cher, mais qui sera largement meilleure. Sinon, si l'envie de se lancer dans l'achat d'une théière n'est pas prédominante car la théière à avant tout un aspect pratique, l'achat d'un Gaiwan en porcelaine de facture simple offrira toujours un meilleur résultat qu'une théière de Yixing douteuse et sera également moins cher.

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Rentrons maintenant dans les défauts rédhibitoires ... là encore, je serai clair, à mon sens, la présence d'un seul d'entre eux est le signe que l'achat ne doit absolument pas se faire ...

  • La fausse terre de Yixing ou comment faire passer de la terre à pot de fleurs pour de la terre de Yixing :

La terre de Yixing n'est naturellement pas la seule argile dans laquelle on peut faire des théières valables, loin s'en faut, mais c'est certainement le style de théières le plus copié, à cause de l'engouement suscité par cet objet chez les buveurs de thé en général et chinois en particulier. De plus, de longue date en Chine, une personne instruite et de qualité se doit de posséder et d'étudier des objets du passé, qui plus est si elle a de l'argent ... les anciennes théières de Yixing étant de ces objets à contempler ... le tout explique finalement la flambée des prix de ces théières, simplement par la hausse du nombre de chinois pouvant se payer de tels objets ...

Naturellement, tout ce qui est cher et prisé par les collectionneurs est copié ... Mais les faux grossiers sont assez faciles à repérer, parce qu'ils ne sont pas destinés à des collectionneurs éclairés, mais à des personnes qui n'y connaissent rien, pensant que tous les produits se valent, et cherchent avant tout " une bonne affaire " ...

gongfucha
Photographie © Ebay Inc

gong fu cha
Photographie © Ebay Inc

La terre, qui n'est pas une terre de Yixing, est donc littéralement camouflée sous une couverte légère qui vise à cacher une couleur trop pâle et une texture trop lisse. La plupart du temps, ce type de camouflage ne tient pas devant un examen simple qui consiste à soulever le couvercle et à regarder l'intérieur ou à la retourner et chercher les points de frottement où la couverte ne peut se fixer, comme les endroits où la théière est posée lors de sa cuisson, notamment le dessous. La couverte est parfois même si mal posée, qu'il est difficile de passer à côté d'un travail aussi bâclé.

gongfucha
Photographie © Ebay Inc
gongfucha
Photographie © Ebay Inc

Pour l'anecdote, les deux exemples ci-dessus sont également pourvus de rehauts de couleurs douteux qui semblent être des décalcomanies / transferts. Ces théières semblent également avoir été artificiellement vieillies par une application de vieille huile ( au choix, vieille huile de friture rance, huile de vidange usagée, goudron liquide, ... tant que c'est sombre, graisseux et que cela laisse une teinte sombre après le passage d'un chiffon pour enlever le surplus, c'est utilisable ... de toute façon, pour le goût dans votre tasse, le vendeur n'est plus concerné ... ) qui donne cette patine un peu sombre, comme si la théière avait connu de nombreuses infusions sur une longue période ( raison pour laquelle il s'agit aussi d'une technique répandue chez les faussaires vendant de fausses céramiques "antiques" ).

Il existe aussi des fausses théières de Yixing, comme celle ci-dessous, réalisées dans une terre médiocre qui va légèrement se vitrifier un peu plus à l'extérieur qu'à l'intérieur lors de la cuisson car la terre utilisée n'est clairement pas adaptée à la réalisation de céramiques, du moins pas de telles céramiques ... puisque c'est réellement de la terre à pots de fleurs ... Il arrive fréquemment qu'une telle théière se craquelle à certains endroits lors de l'utilisation car l'extérieur est plus vitrifié, donc plus rigide, que l'intérieur qui est resté un peu plus "mou" ... cette différence engendre les craquelures du fait de réactivités différentes lors des dilatations et des contractions. La théière semble alors percée ou fissurée de part en part, mais il n'en est rien car la fine couche extérieure est seule touchée.

mauvaise terre de yixing

  • La teinte dans la masse ou comment faire passer de la terre courante pour de la terre Zhuni :
  
Certains modèles, avec une teinte dans la masse, donc où l'on a teinté la totalité de la terre utilisée et non plus seulement sa surface, sont plus difficile à détecter pour celui qui n'a jamais vu une vraie théière de Yixing. Difficulté supplémentaire, les théières bas de gamme fabriquées réellement à Yixing en grande série utilisent également ce type de terre.

gongfucha
Photographie © Jiangtea Ltd

La terre est ici entièrement teintée artificiellement. C'est le type de modèle de théière de Yixing bas de gamme le plus difficile à détecter sans expérience. On pourra cependant se fier à des détails techniques, comme l'anse grossièrement exécutée et sans aucune finesse ... un bon indice également est généralement le rehaut en couleur de la gravure, pour rendre la théière plus attractive, et sur lequel nous reviendrons par la suite.

Toutes les teintes dans la masse ne sont cependant pas mauvaises et toutes les théières de couleur entièrement teintées dans la masse ne sont pas synonyme de mauvaise qualité, à condition que la mise en couleur se fasse avec une argile qui soit d'une qualité suffisante. L'emploi de la couleur sert alors à créer un effet artistique, sans se faire au détriment de la qualité et n'est pas un moyen de masquer la médiocrité.

terre de yixing colorée

Ici, l'emploi de la couleur répond à certains critères : teinte complète ou ajout de morceaux de décors entièrement teintés sur une théière d'une autre teinte. Pour l’achat de ce dernier type de théière, il vaut mieux avoir le modèle dans la main pour juger de la qualité de la terre, car l'inspection d'une photographie ne suffira généralement pas ... et ne pas oublier que plus il y a de couleurs, plus il faut ouvrir l’œil.

théière pour gong fu cha
Photographie © Ebay Inc

Par exemple, pour les théières présentant un "damassage" de mêmes terres teintées dans la masse par différents oxydes, un motif très semblable doit pouvoir se retrouver tant sur la paroi interne de la théière que sur la paroi externe, comme on peut le voir ici sur le couvercle.
 
  • Le rehaut de couleur :

Une fine gravure avec un beau motif ou une belle calligraphie est sans conteste un élément apportant un charme supplémentaire, même lorsqu’il s'agit seulement de "gravures" réalisées par empreintes de tampons. Mais cela peut également constituer un problème potentiel quand des couleurs artificielles sont employées ...

gong fu cha

gongfucha

Une gravure est normalement de la même couleur que la terre, quelle que soit cette terre, comme sur les exemples ci-dessus, pour les cuissons à "faible" température. Pour les cuissons à une température plus élevée, les gravures ressortent plus claires car la vitrification est plus importante. Le fait de graver cette surface va donc "casser" cette vitrification et la lumière va se refléter différemment ... en règle générale, si l'on passe de l'eau sur cette gravure, l'effet de blancheur va s'estomper et retrouver une certaine unité de couleur proche de celle du reste du corps de la théière. Si la couleur ne change pas, c'est qu'il s'agit d'une couleur appliquée ... naturellement, la plupart du temps, impossible de s'en rendre compte tant qu'on n'a pas mouillé la-dite gravure, ce qui complique les achats sur le net ...

Gong Fu Cha thé et céramique

Si une couleur est utilisée, voire deux, c'est qu'elles sont artificielles, dans l'immense majorité au sens négatif du terme car il est rare que cela soit un vrai émail posé après gravure et recuit ...

Après gravure, un ouvrier est alors payé pour passer un ou deux coups de pinceaux et d'encres indélébiles ... on voit même des théières ou l'ouvrier n'a pas pris la peine d'essuyer les bavures ou les tâches de manipulation faites avec des doigts pleins d'encre et d'autres où l'encrage ne tient pas ... Même si la couleur la plus fréquemment utilisée est le noir, les marqueurs indélébiles de toutes couleurs sont également souvent employés ... et pour ce qui est du prix, cette technique ne le renchérit même pas vu les bas coûts de main d’œuvre et le prix dérisoire des fournitures nécessaires ... petit florilège :

théière de yixing bas de gamme
Photographie © Jiangtea Ltd
théière de yixing avec gravure coloriée au marqueur
Photographie © Jiangtea Ltd

théière polluée
Photographie © Jiangtea Ltd

Si la remarque est valable pour les théières passées au noir ou au rouge, elle l'est encore plus pour les rehauts "à l'or", très à la mode en Chine. Il ne s'agit bien sûr pas de feuille d'or, car trop cher ( au cours du marché de ce jour, le gramme d'or est à 30,30 € ), et encore moins d'une couverte à l'or, car cette dernière technique nécessiterait une deuxième cuisson, ce qui entrainerait trop de pertes ...

théière avec filet d'or de décoration
Photographie © Jiangtea Ltd
Naturellement, cela s'applique également à la mode des théières de Yixing "à fleurs", que la théière en soit entièrement couverte ou pas ... dans le meilleur des cas, ce ne sera qu'une glaçure ( qui donnera par ailleurs un petit côté brillant dû à la vitrification ), c'est à dire un vrai émail, fait à la main ou posé par décalcomanie ... dans le pire des cas, ce sera un émail dit " à froid ", en réalité des résines et des résines époxy qui contrefont très bien un décor sur couverte, du moins tant que l'on ne voit l'objet qu'en photographie de qualité moyenne.

copie de théière de yixing
Photographie © Ebay Inc

copie de théière de yixing
Photographie © Ebay Inc

Pour conclure, le meilleur moyen de ne pas se tromper est de ne pas se précipiter, de prendre le temps de la réflexion sur l'usage auquel on destine la théière, de comparer le plus longuement possible - y compris dans des boutiques physiques si on le peut - le plus de théières possibles, de prendre un ou des avis extérieurs de personnes qui ne seront pas impliquées, de ne pas se focaliser seulement sur le prix que l'on veut y mettre ou sur le prix auquel on estime l'objet et surtout d'observer longuement la théière retenue à la recherche de défauts ... car le bon sens allié à un peu d'éclairage technique restera votre meilleur allié.

15 novembre 2014

Master Lin's Mi Hua Xiang " Postcard Teas "

thé et céramique : assiette chinoise ancienne en porcelaine

Voici un thé qui, on le comprendra rapidement, sort de l'ordinaire à tous points de vue. Il est commercialisé par Postcard Teas, maison anglaise que l'on ne présente plus, au prix de 16 Livres Sterling les 10 grammes soit, au taux de change actuel, à 200,60 € les 100 grammes ...

Pour paraphraser Postcard Teas, ce Mi Hua Xiang ( ce qui signifie " parfum de miel de fleur " ) est entièrement travaillé à la main par Maître Lin à partir d'un seul arbre vieux de 300 ans qui pousse à 1200 mètres d'altitude sur le Mont Wu Dong, le pic le plus célèbre des montagnes du Phoenix dans la province du Guangdong, en Chine.

Toujours d'après Postcard Teas, ce thé serait légèrement grillé au charbon. On pourra juste rajouter qu'il s'agit d'un thé fortement oxydé.
 
thé et céramique : gaiwan en porcelaine à décor blanc bleu

La liqueur est d'un beau jaune orangé d'une parfaite limpidité. Mais ce qui retient l'attention, c'est surtout l'odeur entêtante qui se dégage dès que l'eau chaude touche les feuilles.

thé et céramique : coupe en porcelaine avec couverte rouge de fer

Pas la peine de chercher longtemps quelles fragrances se détachent, elles sont nettes et clairement perceptibles. Au nez, ce sont les fleurs, une note d'agrumes et les fruits confits qui embaument littéralement l'air.

En bouche, l'ouverture se fait par une pointe sucrée et une touche mielleuse, puis ce sont les agrumes confis rapidement suivis par les fruits confits qui viennent à leur tour, notamment la poire et la pomme un peu plus fugaces, eux-mêmes suivis par un bouquet de fleurs capiteuses, le tout finissant par se mêler harmonieusement en longueur en bouche qui se termine enfin par une touche mêlée de miel et d'agrumes confits. Bref, c'est ici une mélodie sans fausse note, menée de main de maître qui se joue ici ...

thé et céramique demysteafication

L'infusion est belle, essentiellement composée de belles feuilles presque toutes entières. On trouvera également quelques bourgeons et d'extrêmement rares morceaux de tige.

Au final, nous avons là un thé onéreux, cela ne fait aucun doute, et c'est une occasion rare et presque un privilège de pouvoir déguster un tel thé. A côté de celui-ci, de nombreux thés de bonne facture se retrouveraient éclipsés et aucun thé de grand comptoir ne pourra même jamais espérer atteindre un tel degré de complexité et d'équilibre tant on pénètre ici dans le domaine de l'exceptionnel ... car si ce thé est cher, il est également sans commune mesure avec ce que l'on peut généralement trouver et les infusions qui se suivent tardent à l'épuiser, si bien que de 5 grammes sortiront presque deux litres de liqueur, lui conférant, par là même, un rapport qualité prix étonnamment honorable !

7 novembre 2014

Porosité(s) et effet(s)

Arita porcelaine ko sometsuke

Le choix d'un instrument pour le thé peut se faire pour de multiples raisons. Il peut y avoir la recherche esthétique, celle d'une forme particulière ou encore, et c'est celle qui va être abordée ici, celle d'un effet particulier sur le thé. Pour ce point particulier il faut, à mon sens, prendre avant tout en considération la porosité de la matière utilisée, qui sera d'une grande influence.

On vante parfois la supériorité de la porcelaine sur les autres types de terre ... De fait, c'est une pratique fort ancienne, qui semble remonter aux débuts de la commercialisation de la porcelaine elle-même, pour une raison à priori fort simple : ses qualités esthétiques et sa capacité à accrocher la lumière, mais aussi sa relative nouveauté lors de son introduction en Europe et enfin, sa supériorité technique par rapport aux autres types de céramique.

La porcelaine présente, en effet, la caractéristique d'être la moins poreuse des céramiques, raison pour laquelle elle permet de réaliser des instruments pour le thé qui n'en modifieront pas le goût ... du moins en théorie ...

... car l'affirmation doit être quelque peu nuancée. Tout d'abord, la porcelaine non frittée, également parfois appelée biscuit, et qui n'est donc pas recouverte d'une couche cristalline translucide semblable au verre est poreuse et s'il elle est en plus insuffisamment cuite, elle est tout aussi poreuse que n'importe qu'elle céramique. Cet aspect est assez facile à constater, les parties non frittées d'une porcelaine se teintant facilement au contact du thé.

base de théière en porcelaine non frittée

De la même manière, les porcelaines avec un décor sur couverte, risquent également de se révéler faiblement poreuses, du fait des caractéristiques héritées de leur processus de production ( en particulier les multiples traces de manufacturation ), les émaux sur couverte étant cuit à des températures moins élevées.

thé et céramique

Ainsi, des porcelaines récentes issues d'un processus de fabrication maîtrisé devraient se révéler moins poreuses que d'anciennes pièces, d'où la relative absence de besoin absolument nécessaire de posséder des pièces de porcelaine ancienne ... du moins sur un strict plan technique ... Quoi qu'il en soit, ces pièces seront toujours plus poreuses que le verre et, toujours en restant sur le plan strictement technique, celui qui recherche avant toute chose l'absence complète de modification des arômes du thé par son contenant devra en faire sa priorité. Les instruments en verre possèdent en outre la particularité d'être relativement moins onéreux que leurs homologues de céramique, ce qui ne pourra que ravir le néophyte peu équipé qui commence son cheminement sur la voie du thé ...

thé et céramique

En fonction des porosités et des effets possibles, on obtiendrait donc le classement suivant, du moins poreux au plus poreux ( et donc de l'ustensile le plus neutre dans le rendu de la liqueur à l'ustensile le moins neutre dans ce même rendu ) : verre, porcelaine récente, porcelaine ancienne, grès avec couverte, grès sans couverte, terre cuite ... La terre cuite présentant peu d'intérêt du fait de ses faibles capacités en matière de perméabilité, elle n'est plus utilisée pour fabriquer des récipients destiné à autre chose qu'à contenir des plantes ... et encore, pour l'extérieur seulement ... reste à aborder le cas du grès, ou plutôt des grès, car il y a là quelques variantes qui méritent d'être prises en considération.

thé et céramique

Le grès est la famille de céramique qui est peut être la plus large ... quelques centaines de degrés Celsius seulement séparent ces trois pièces mais cet écart va jouer un rôle important. Car entre un grès cuit aux environs de 750° Celsius et un grès cuit à 1250° Celsius, on peut constater quelques différences de porosité qui seront donc susceptibles de jouer sur le rendu d'une liqueur. Une cuisson en Raku donnera un résultat très poreux, et un grès cuit dans la zone de température basse sera plus poreux qu'un grès cuit dans la zone de température haute. Ainsi, les grès du style de Bizen ou de Karatsu seront moins poreux que d'autres, tels ceux de Hagi, qui le seront à leur tour moins ( du fait de leur couverte ) que les grès à moindre température de cuisson. Les couvertes jouent, en effet, ici, un rôle important, qui ne se limite pas seulement à un aspect esthétique ou décoratif. Si l'on a cherché à appliquer des glaçures sur les céramiques, c'est également car ces glaçures renforcent l'imperméabilité immédiate des pièces ainsi réalisées.

Au final, plus la température de cuisson sera élevée, plus la vitrification, suivant la terre utilisée, sera complète et moins le résultat final sera poreux et le rendu dans la tasse proche du thé seul ... et à ce jeu, les instruments de verre et, dans une moindre mesure, ceux de porcelaine, sont imbattables.

Mais porosité n'est pas non plus synonyme de qualité inférieure. L'utilisation d'instruments poreux entraine simplement d'autres résultats dans la tasse que ceux engendrés par les produits vitrifiés, il suffit d'en avoir conscience et de faire des choix en conséquence ... pourquoi des choix ? Parce que si les types de terre vont jouer un rôle, c'est l'art du potier qui va jouer le plus grand rôle et il y aurait presque un effet par théière ...

terre de yixing

Car suivant l'architecture de cette dernière, le résultat va être différent. Le contact de la liqueur avec la terre étant relativement bref, les interactions sont donc limitées ... pour renforcer celles-ci, l'habileté du potier entre en jeu ... c'est ce qui explique que certaines théières soient plus ou moins fines, aient ou non des couvercles aux bords surdimensionnés ou encore soient munies de fines striures en leur cœur qui ne sont pas seulement le résultat d'un éventuel affinage des parois, mais aussi un moyen de maximiser les surfaces de contact entre la liqueur et la terre ... et conduit également à de grands débats autour du culottage ...

théière en terre épuisée de yixing

Quoi qu'il en soit, que l'on préfère la "fidélité" de la vitrification ou l'"alchimie" de la terre, le choix est aussi vaste que le nombre de chemins sur la voie du thé, chacun doit suivre le sien, en suivant ses envies ...

5 novembre 2014

Le musée de Hagi

Hagi museum

Construit en 2004 sur le modèle d'une grande demeure traditionnelle, le musée de Hagi est, comme son nom l’indique, consacré à la ville de Hagi, à sa culture, ses traditions, ses monument et à tout ce qui fait la spécificité de la ville de Hagi.

thé et céramique

Bien que la très grande majorité des explications ne soient pas traduits, le musée est conçu de façon a être extrêmement facile d'accès et les grandes lignes de la construction de la ville sont aisément compréhensible à travers les objets présentés et les maquettes de la ville permettent, si l'on veut bien s'en donner la peine, de saisir en un éclair l'organisation socio-spatiale très hiérarchisée de la ville de l'époque Edo, du sommet du mont Shizuki avec le château symbole tangible du pouvoir du Daimyo, puis, en s'éloignant de la proéminence ou la forteresse est juchée, à sa résidence, puis à celles des grands vassaux, puis à celles des vassaux de rang moindre, puis à celles des samouraïs de rang inférieur pour finir par les habitations des paysans et artisans, les activités risquées étant reléguées loin de la ville.

chateau de Hagi

Musée de Hagi

Naturellement, le musée ne se limite pas à l'action du Daimyo Mori Terumoto et du clan Mori et présente également, à travers des objets usuels, des pièces de fouilles et des recréations ou des mises en situation d'objets anciens.

Thé et céramique thé et céramique

Le musée présente régulièrement des expositions temporaires sur des sujets variés comme la faune et la flore de la région et du Japon ou encore sur divers sujets culturels ou sur les arts populaires. Il est enfin un point de départ intéressant pour visiter la vieille ville de Hagi, musée à ciel ouvert avec ses divers points d'intérêt.

porcelaine chinoise et porcelaine japonaise

2 novembre 2014

Musée Mémorial Yoshika Taibi

Yoshika Taibi memorial museum

Voici un autre musée de Hagi, le Musée Mémorial Yoshika Taibi, dédié à la céramique ancienne, à la céramique de Hagi en particulier, et est notamment centré sur les œuvres de Yoshika Taibi, que ce soit ses céramiques ou ses œuvres picturales.

Musée Mémorial Yoshika Taibi

Ici aussi, il s'agit d'un musée privé, qui a la particularité d'appartenir a une famille de potiers remontant à l'ère Edo et toujours en activité, dont un membre d'importance fut Yoshika Taibi, récipiendaire du prix de l'Académie japonaise des arts dans la catégorie "Artisanat" en 1971. Situé sur le haut d'un versant de colline, l'entrée du musée est d'ailleurs marqué par un Noborigama toujours utilisé par la famille de potier.

senryuzan noborigama

Le rez-de-chaussée est consacré à la céramique ancienne, notamment de l'époque Edo, et aux pièces de fouilles, à l'exposition d’œuvres picturales de Yoshika Taibi, à la rotation d’œuvres céramiques et à un atelier didactique sur les types de terre et de pigments, des ateliers d'initiation à la poterie étant par ailleurs organisés dans l’enceinte du musée.

chien de fo céramique de Hagi epoque Edo Musée Mémorial Yoshika Taibi
Musée Mémorial Yoshika Taibi Musée Mémorial Yoshika Taibi

bols japonais époque Edo

Yoshika Taibi Memorial Museum

L'étage présente, lui, la collection de céramiques anciennes de la famille Yoshika, des oeuvres marquantes de Yoshika Taibi et d'autres de potiers de Hagi.

Yoshika Taibi Memorial Museum

Kakemono et tokonoma

Sont ainsi présentés des porcelaines anciennes, des objets pour le thé dont des bols, des Kakemono, des objets usuels en céramique et des vases de toutes tailles.

ceramique ancienne d'Edo
Impressionnant Hibachi en forme de Daruma

Musée Mémorial Yoshika Taibi memorial museum Musée Mémorial Yoshika Taibi memorial museum

Enfin, pièces d'exception, les chawan sont particulièrement bien présentés, et un astucieux jeu de miroirs permet de les admirer sous toutes les coutures.

réparation à la laque d'or Musée Mémorial Yoshika Taibi
Yoshika Taibi memorial museum Musée Mémorial Yoshika Taibi
Yoshika Taibi memorial museum Musée Mémorial Yoshika Taibi