DemysTEAfication

27 mai 2016

ArtCeram 2016. Trésors de la céramique à Sèvres

exposition art ceram sel sèvres

Jusqu'au 29 mai, se tient au Sel, 47 Grande Rue à Sèvres, la biennale de céramique internationale contemporaine, avec la participation de Elsa Alayse, Karine Benvenuti, Christian Boaretto, Philippe Buraud, Patrick Buté, Manuel Cordel, Delphine Dardare, Anne Deberly, Marie Duchesne, Annie Fourmanoir, Pauline Georgeault, Marie Gezler-Garzuly, Vladimir Groh, Yasuyo Nishida, Didier Hoft, Gaëlle Jamet, Corinne Joachim, Jean-Luc Jourdain, Jean François Juilliard, Maria Ten Kortenaar, Christine Ladeveze, Vincent Lallier, Monique Le Goff, Arlette Legros, Michèle Levy-Letessier, Rebecca Maeder, Mireille Mallet, Jean Marie Marcaggi, José-Maria Mariscal, Francine Michel, Marie Mora, Serge Nicole, Rafa Perez, Thierry Perraud, Alexandrine Poinsard, Andoche Praudel, Cécile Proslier, Tatiana Punans, Elke Sada, Laure Sulger, Michek Téqui, Shibuta Toshiaki, Turzo et Lise Zambelli.

Innovation notable pour la cinquième édition de cette manifestation, deux expositions se tiennent en supplément, parcours extérieur à l'exposition principale, déjà fort imposante. La première avec l'exposition "Collection nuageuse" de Marie-laure Griffe, dans l'Espace Galerie du Sel et jusqu'au 15 juin, la deuxième avec l'exposition "Mouvements céramiques" de Dorothée Loriquet, à la Mezzanine de l'Hôtel de Ville de Sèvres jusqu'au 28 mai.

Enfin, Valérie Hermans et Jean-Paul Azaïs sont les deux invités d'honneur de cette édition, comme toujours consacrée à la céramique d'art contemporaine et à la création céramique. Manifestation d'ampleur et tremplin non négligeable, cette biennale explore de multiples aspects, des formes les plus simples aux plus complexes et des émaux les plus simples aux émaux les plus aboutis, chaque artiste présent étant libre de présenter une vision qui lui est propre et qui est ainsi à même d'interpeller tout visiteur, même ceux peu à même de saisir toutes les spécificités techniques de la céramique, car c'est la sensation produite qui domine ici. On ne pourra donc que se féliciter de voir cette manifestation se maintenir au fil des ans, d'autant plus méritoire qu'à l'heure des coupes budgétaires elle continue à maintenir son "modèle économique" basé sur la gratuité de son accès, et je lui souhaite encore de nombreuses années d'émerveillement à venir.

22 mai 2016

La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne

affiche exposition corée grand palais

Jusqu'au 20 juin se tient au Grand Palais une exposition intitulée " La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne ". Celle-ci présente essentiellement des œuvres prêtées par le Musée National de Corée.

La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne

Le cheminement à travers l'exposition se fait de manière chronologique, commençant avec la poterie néolithique et avec celle de l'ère des Trois Royaumes pour se terminer sur des créations contemporaines.

La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne exposition céramique de corée grand palais

On passe ensuite par les nombreux céladon de l'ère Goryeo dont la production débute donc au Xème siècle grâce à un apport technique venu de Chine qui sera adapté pour produire une glaçure plus proche de la couleur du jade. Une innovation supplémentaire se fera également jour à cette période, avec l'incrustation d'un décor, un dessin étant gravé dans le corps de l'objet par évidement, cet évidement étant ensuite comblé par une argile de couleur différente de celle du corps, ce qui va créer un contraste sous la couverte mais qui va également fragiliser l'ensemble et qui requiert donc une habileté technique supplémentaire à la cuisson. A cela viennent encore se rajouter les techniques traditionnelles de sculpture et de moulage. Les formes sont enfin très complexes et travaillées et d'une extrême finesse.

exposition céramique de corée grand palais

Les objets ainsi produits seront très prisés en Chine et ailleurs en Asie, du fait de leur couleur et du fait de leur décoration particulière.

exposition céramique de corée grand palais La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne
La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne exposition céramique de corée grand palais

Viennent ensuite les céramiques Buncheong, c'est-à-dire "céladon poudré", style de céramique au corps gris avec des incrustations blanches aux motifs simples et répétitifs. Un engobe vient remplir un décor exécuté en sgraffito puis recouvert d'engobe. Une fois sec, celui-ci est généralement gratté pour enlever le surplus, produisant un effet de légèreté du décor.

mobilier funéraire porcelaine coréenne blanche

exposition céramique de corée grand palais

Viennent enfin les différentes productions de la dynastie Joseon, où domine la porcelaine blanche, décorée ou non au cobalt (porcelaine bleue et blanche), au rouge de cuivre ou au brun de fer.

exposition céramique de corée grand palais exposition céramique de corée grand palais
La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne La terre, le feu, l'esprit. Chefs-d’œuvre de la céramique coréenne

porcelaine blanc bleu

L'exposition se termine avec diverses présentations de travaux contemporains de Park Youngsook, Lee Ufan, Shin Sangho, Hwang Kapsun, Yeesookkyung, Cheong Kwangho, Koo Bohnchang, Kimsooja, Moon Kyungwon et Jeon Joonho qui, même si on à là des œuvres qui vont au-delà de la tradition en la réinterprétant, sont parfois bien éloignées de la céramique et tombent un peu comme un cheveu sur la soupe.

ghost series

30 avril 2016

Nodate

chanoyu nodate

Le Chanoyu Nodate est une cérémonie qui se tient hors d'un pavillon de thé, juste à l'extérieur, dans le jardin ou en pleine nature. Cette cérémonie de thé "champêtre", qui se tient généralement les beaux jours, au printemps ou en automne, peut prendre plusieurs aspects, plus ou moins formels.

Le Chanoyu Nodate le plus formel prend place sur une petite estrade rectangulaire qui rehausse l'officiant de quelques centimètres par rapport au sol. Cette estrade est recouverte d'un tissus rouge sur toute sa surface, l'officiant étant plus ou moins symboliquement protégé des éléments par un parasol de papier laqué de rouge maintenu par un pied en bois. L'estrade est fermée sur deux côtés par un dais formant paravent qui sert à délimiter l'espace. Les invités font face à l'estrade sur le côté principal et sont généralement assis sur des bancs, eux aussi tendus de rouge. La cérémonie est réduite à la prise du thé et d'une confiserie pour être centrée sur l'appréciation de l'agencement du jardin et / ou de la nature. Dans ce type de cérémonie, les instruments habituels du Chanoyu sont généralement utilisés, Furogama compris.

Il existe également des pratiques moins formelles qui nécessitent moins de préparation, mais qui comprennent tous les ustensiles du Chanoyu jusqu'au Kogo, ces ustensiles étant rangés dans une boite rectangulaire en bois laqué, qui permet de réaliser des cérémonies nécessitant également un Furogama, mais avec moins de cérémonial que pour le Chanoyu décrit ci-dessus.

Il y a enfin des ensembles qui permettent l'emploi d'un matériel spécifique, c'est-à-dire "portable", qui est donc adapté à ce type d'emploi. On trouve ainsi tout les ustensiles habituellement au centre du Chanoyu, mais avec une taille particulière, c'est-à-dire nettement réduite.

Le Chawan Nodate est donc nettement plus petit qu'un Chawan de taille normale :

chawan portable blog sur le thé

Forcément, pour battre le Matcha dans un aussi petit bol à thé, il faut un Chasen de taille adaptée :

chasen pour cérémonie du thé d'extérieur

Un Chashaku de même taille réduite va également avec cet ensemble :

blog sur le thé

Mais ce ne sont pas là les seules adaptations de ces ustensiles pour tenir une cérémonie du thé d'extérieur, car ce matériel est conçu pour prendre le moins de place possible et tenir dans une gaine de rangement et de protection. Le manche du Chasen est ainsi évidé pour permettre le rangement de la cuillère à thé :

club thé chashaku nodate
blog de thé blog thé

Un Natsume adapté fait aussi partie de l'ensemble, toujours de taille réduite bien entendu.

cérémonie du thé nodate cérémonie du thé d'extérieur

Le tout tient ainsi dans un espace réduit au strict minimum et pourtant très fonctionnel qui fonctionne tout aussi bien pour l'Usucha que pour le Koicha et qui permet de prendre son Matcha virtuellement n'importe où, pour peu que l'on se charge en plus d'un thermos d'eau chaude.

blog sur le thé

27 avril 2016

Les 400 ans de la porcelaine d'Arita

sometsuke

La porcelaine d'Arita fête cette année ses 400 ans. En effet, les débuts de la production de porcelaine à Arita dateraient de 1616 et seraient l’œuvre d'un potier coréen, Kanegae Sanpei ou Kanegae Sanbe ( également appelé Ri Sampei ou Yi Sam-pyeong et qui serait mort en 1655 ) venu s'installer au Japon, qui aurait également découvert le gisement de Kaolin d'Izumiyama, sur les hauteurs à l'est d'Arita.

gisement de Kaolin de Izumiyama
Arita et le gisement de Kaolin d'Izumiyama. Carte © Google Inc.

porcelaine imari
Le gisement de Kaolin d'Izumiyama. Photographie © Google Inc.

Naturellement, tout ceci est plus ou moins mythique, comme souvent lorsqu'un seul personnage est mis en avant, Ri Sampei étant enterré au sanctuaire Sueyama et étant devenu une figure légendaire. L'établissement de divers fours serait ainsi plutôt le fait d'un groupe d'individus emmenés, de gré ou de force, par Toyotomi Hideyoshi lors des invasions de la Corée de 1592 - 1598. Néanmoins, des fouilles archéologiques confirmeraient les débuts de la production de porcelaine entre 1610 et 1620, époque ou la production de porcelaines commence à être mêlée à la production de grès.

L'histoire de la porcelaine japonaise est donc bien moins longue que celle de la porcelaine chinoise. Cependant, rapidement, la porcelaine japonaise va supplanter la porcelaine chinoise dans le commerce vers l'Occident, tout au moins en valeur, la qualité des porcelaines japonaises étant bien supérieure aux porcelaines d'exportation chinoises.

La porcelaine produite dans la région d'Arita, que l'on appelle aussi porcelaine de Hizen ou Hizen Yaki car la production elle-même est répartie dans un vaste espace autour d'Arita, si elle commence avec des bleu et blanc, que l'on appelle Sometsuke, se diversifie très rapidement et propose une palette variée et colorée, le type Imari, qui sera copiée par la suite par les porcelaines d'exportation chinoises. Si la typologie des Imari fera l'objet d'articles ultérieurs, on trouve ainsi, les Sometsuke, Ko-kutani, Kakiemon, Nabeshima, Kinrande et I-roe. Mais ces styles se mélangent parfois et ne sont pas aussi imperméables que l'on veut bien le croire.

Néanmoins, il est à souligner que la production de porcelaine est ininterrompue dans la région d'Arita depuis le début du XVIIème siècle et que l'on continue à y perpétuer la plupart des styles anciens et à fonctionner sur des modes qui ne sont pas si éloignés des anciennes pratiques de production et de commerce.

atelier de potier japonais

Sur la photographie ci-dessus, on voit ainsi ce que pouvait être le fonctionnement d'un atelier, où les tâches sont réparties entre différentes spécialités, de la préparation de la terre à l'application du décor, en passant par le tournage et sans oublier également la vente finale, le client ou le marchand qui va ensuite diffuser la marchandise venant sélectionner des pièces sur le lieu même de production.

On retrouve ainsi, de haut en bas et de gauche à droite, parfois très imagée, l'extraction de l'argile, l'acheminement de la matière première à l'atelier, le concassage de la terre, le filtrage de celle-ci pour éliminer les impuretés, le tournage, l'émaillage et le séchage, la réparation du four et l'enfournement puis, pour finir, la cuisson au bois.

porcelaine d'arita atelier de potier
porcelaine sometsuke porcelaine imari
atelier de potier japon blog sur le thé et la céramique
four anagama four dragon

Depuis, bien peu de choses ont changé, sauf peut être l’extraction, désormais industrielle, et  la cuisson, qui ne se fait plus au bois que pour certaines productions d'exception. La porcelaine d'Arita reste enfin très vivace et est ancrée dans la modernité avec de nouvelles productions, alliant savoir ancestral et motifs contemporains. Ne reste plus qu'à souhaiter un anniversaire faste à la porcelaine d'Arita, malgré le tremblement de terre qui a récemment endeuillé l'île de Kyushu, et à espérer qu'elle restera productive longtemps encore.

24 avril 2016

Hojicha Okorinbo " Gokuchanin "

masque Noh mask Okina

Ce thé torréfié japonais, Hojicha Okorinbou, est commercialisé par la firme Gokuchanin au prix de 540 yens les 100 grammes, ce qui fait 4,34 € les 100 grammes une fois la conversion de devises effectuée. Okina peu continuer à se réjouir, ce genre de thé appelle, comme lui, la prospérité. Pas besoin d'un examen approfondi des feuilles sous leur forme sèche pour rapidement comprendre qu'il s'agit là d'un Kukicha, c'est-à-dire un thé de tiges.

Yoshiaki Hiruma

Somme toute, on ne pourra pas dire que ce thé est onéreux, c'est même tout le contraire, puisque de tous les Hojicha dont j'ai fait la revue sur ce blog (et peut être même de tous ceux que j'ai pu goûter et qui ne figurent pas sur ces pages), c'est le moins cher de tous (même s'il faudrait encore y ajouter les frais de port pour être plus juste) hormis le Hojicha de chez Marufuji.

blog à propos de thé et de céramique

La liqueur, relativement translucide, est d'un bel orange ambré qui, au nez, dégage un arôme d'herbes sèches mêlé de noisette. 

thé torréfié japonais

théière japonaise ou kyusu japonais par konishi yohei

blog sur le thé

En bouche, sans surprise, c'est l'herbe sèche tirant sur le foin ou la paille qui domine, avec une pointe de noisette très agréable qui vient souligner l'ensemble. Tout en dégageant des arômes puissants, le tout n'a ni amertume, ni astringence et est plutôt doux sur le palais.

blog sur le thé

Sans surprise, l'infusion est largement composée de tiges, avec quelques morceaux de feuilles épars plutôt fortement torréfiés / grillés mais non brûlés.

thé kukicha grillé

Nous avons là un thé vraiment peu onéreux, pourtant fabriqué avec soin car la torréfaction, bien que puissante, est parfaitement maîtrisée. Il dégage des arômes puissants mais pourtant équilibrés et pas du tout agressifs. En résumé, voici sans nul doute un des meilleurs Hojicha qu'il m'ait été donné de boire et sans aucun doute, parmi ceux-là, celui qui a le meilleur rapport qualité / prix.