Thé Vert Japonais | DemysTEAfication
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15 février 2017

Yuzu Sencha " Jugetsudo "

blog sur le thé

Ce Sencha au Yuzu, agrume de l'Est de l'Asie actuellement à la mode, est commercialisé par la boutique " Jugetsudo " entre 34 € les 100 grammes et 70 € les 100 grammes suivant le conditionnement choisi.

Le thé se présente sous une forme relativement hachée, pour ne pas dire pulvérulente, mêlée de morceaux d'écorce de Yuzu ... comme toujours, après un passage par le Yuzamashi, l'eau rejoint le Hohin, en porcelaine celui-ci pour éviter toute interférence future.

taisuke shiraiwa

jugetsudo boutique japonaise paris

thé vert japonais

Le résultat est une liqueur d'un vert jaune presque fluorescent extrêmement trouble, ce qui n'est pas une surprise, accompagnée de morceaux d'écorce de Yuzu flottant à la surface de celle-ci, ce qui posera un problème à ceux qui verseront directement la liqueur dans la tasse ... l'utilisation d'un filtre ou d'une carafe sera donc utile.

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Au nez, on a un Sencha très iodé et des embruns, mais pas du tout de note de Yuzu. En bouche, par contre, le Yuzu domine tout, plutôt amer puis acide, masquant le goût du Sencha que l'on ne devine que par la note beurrée qui se détache en longueur en bouche et la texture grasse qui tapisse la bouche tout du long.

L'infusion est très boueuse, avec quelques feuilles très hachées et des morceaux jaunes d'écorce.
thé vert sencha

Le bilan global est peu plaisant, il faut bien l'avouer ... pas que l'infusion relativement trouble soit en problème, mais car, ayant pu goûter à ce fruit au Japon, je suis loin d'en retrouver le caractère fruité et le goût plaisant et il n'en reste ici que l'amertume. Je me demande d'ailleurs quel est l'intérêt de ce mélange, si tant est qu'il soit réellement "naturel", ce dont je doute au plus haut point parce que, bien que le site de vente avance que l'aromatisation se fait par le biais de morceaux d'écorce de Yuzu, l'absence de nez marqué suivi de la domination sans partage d'un Yuzu amer en bouche me fait penser à un ajout d'huiles essentielles. Le résultat me laisse donc dubitatif et on est plus proche ici d'un ratage complet que d'un montage luxueux ... mieux vaut passer son chemin.

8 février 2017

Kabuse Sencha " Kyoto Obubu Tea Farms "

thé vert japonais

Ce thé vert japonais est commercialisé par " Kyoto Obubu Tea Farms " au prix de 2500 yens les 80 grammes, soit à 25,90 € les 100 grammes. Sous sa forme sèche, au nez, on tombe directement sur une pente herbeuse bien nette et franche qui en découragera plus d'un si l'on s'arrête à cette seule impression.

kyusu shudei yamada so kyusu yamada so

L'eau passe de la Testubin au Yuzamashi et du Yuzamashi au Kyusu ... puis la liqueur passe dans la tasse ...

blog thé

La liqueur est d'un beau jaune aux reflets verts, mais des débris sont présents et elle est un peu trouble.

Au nez, c'est une note beurrée qui domine largement ... elle domine également tout en bouche puis un côté herbeux et frais mêlé de légumes verts se fait jour accompagnant, tout du long de la dégustation, une liqueur qui reste grasse et soyeuse.

L'infusion est relativement inégale mais le nombre de débris de petite taille est finalement relativement limité et les feuilles restent tout de même bien séparées, sans qu'une bouillie vienne trop les lier.

Kabuse Sencha " Kyoto Obubu Tea Farms "

Nous avons là un thé qui a un certain côté déstabilisant, assez surprenant par les premières impressions très tranchées qu'il peut laisser. C'est également une parfaite illustration que l'odeur à sec d'un thé révèle assez peu de choses, voire qu'elle peut même être complètement trompeuse et qu'il ne faut pas s'y fier. Le seul problème de ce thé, est éventuellement son rapport qualité / prix, car on pourra trouver mieux et moins cher sans grande difficulté. Sa relative complexité est cependant intéressante et cela reste un bon produit.

17 août 2016

Kukicha Honeppoi Yatsu " Gokuchanin "

brule parfum japonais ancien

Ce Kukicha Honeppoi Yatsu, est un thé de tiges commercialisé par la firme Gokuchanin au prix de 864 Yens les 100 grammes, prix au départ chez le producteur, soit 6,95 € les 100 grammes.

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Au nez, sous sa forme sèche, c'est assez vert et un peu fleuri, avec une petite odeur d'herbe un peu piquante en arrière plan.

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La liqueur est d'un beau jaune-vert très trouble pour ne pas dire opaque ... Inutile de préciser que débris et poussières se déposent au fond du pichet plus ou moins rapidement.

thé vert japonais

En bouche, c'est assez doux de prime abord, l'umami ressortant assez franchement, puis on va vers une sensation plus herbacée pour finir sur une très fine astringence, pas du tout désagréable.

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Sans surprise, l'infusion est assez hachée et composée également de morceaux de feuilles et de morceaux de tiges.

thé vert japonais

Au final, on a là un thé peu onéreux et d'une qualité tout à fait honorable qui fait que ce thé pourrait offrir une bonne base pour ceux qui cherchent un thé vert japonais pour en faire une consommation courante et qui cherchent en même temps un thé qui n'a pas de côté iodé ou de caractère trop marqué.

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30 juin 2016

Sencha Tsuki " Rishouen "

kukicha thé vert japonais

Fabriqué par la Maison Rishouen, fondée en 1947 à Uji dans la préfecture de Kyoto, ce Sencha Biologique est commercialisé par " Le Bon Marché - Rive Gauche - La Grande Épicerie de Paris " au prix de 8,30 € les 100 grammes ...

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Il s'agit clairement d'un Kukicha, thé de tiges, qui gonflent rapidement dans le Hohin ...

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La liqueur est d'un beau jaune aux reflets verts légèrement trouble.

thé vert du japon

Au nez, c'est très herbeux, assez frais. En bouche, la verdure domine, franche et légèrement grasse, puis c'est l'umami qui arrive et demeure en longueur en bouche, aucune amertume et aucune astringence ne venant troubler le tableau qui reste ainsi une note douce beurrée.

On peut dire que l'on à là un thé peu onéreux, pas très complexe non plus certes, mais qui est plutôt plaisant. Clairement, voici un exemple de thé vert japonais pourvu d'un excellent rapport qualité / prix et qui ne risque pas d’écœurer les novices en matière de thés japonais. Une preuve s'il en faut que l'on peut trouver de bons thés pour de petits prix à condition de sortir des grands sentiers battus et rebattus et de faire preuve d'un peu de curiosité.

théière japonaise fonte

26 juin 2016

Sencha Fukamushi Sayamakaori " Gokuchanin "

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Ce Sencha Fukamushi Sayamakaori est commercialisé par la firme Gokuchanin au prix de 1080 Yens les 100 grammes, soit près de 9 € les 100 grammes au départ du producteur.

tetsubin kunzan

Sortie du Kyusu, ici création de Taisuke Shiraiwa, la liqueur est d'un beau vert trouble et dégage des odeurs d'herbe fraiche, de sève et de chlorophylle.

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En bouche, on a tout de suite un assaut de verdure, sans surprise, herbeuse, plutôt épaisse, qui laisse assez vite la place à l'umami, la longueur en bouche révélant une petite pointe finale d'amertume pas du tout déplaisante.

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L'infusion est, toujours sans surprise, relativement hachée, d'où le caractère assez épais et l'aspect trouble de la liqueur de ce thé.

Au final, on a là un thé très peu onéreux, même en rajoutant les frais de port depuis le Japon. C'est clairement un thé de qualité, bien charpenté et relativement fin, qui joue ses notes sans à-coups et se révèle donc plutôt très plaisant.

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30 avril 2016

Nodate

chanoyu nodate

Le Chanoyu Nodate est une cérémonie qui se tient hors d'un pavillon de thé, juste à l'extérieur, dans le jardin ou en pleine nature. Cette cérémonie de thé "champêtre", qui se tient généralement les beaux jours, au printemps ou en automne, peut prendre plusieurs aspects, plus ou moins formels.

Le Chanoyu Nodate le plus formel prend place sur une petite estrade rectangulaire qui rehausse l'officiant de quelques centimètres par rapport au sol. Cette estrade est recouverte d'un tissus rouge sur toute sa surface, l'officiant étant plus ou moins symboliquement protégé des éléments par un parasol de papier laqué de rouge maintenu par un pied en bois. L'estrade est fermée sur deux côtés par un dais formant paravent qui sert à délimiter l'espace. Les invités font face à l'estrade sur le côté principal et sont généralement assis sur des bancs, eux aussi tendus de rouge. La cérémonie est réduite à la prise du thé et d'une confiserie pour être centrée sur l'appréciation de l'agencement du jardin et / ou de la nature. Dans ce type de cérémonie, les instruments habituels du Chanoyu sont généralement utilisés, Furogama compris.

Il existe également des pratiques moins formelles qui nécessitent moins de préparation, mais qui comprennent tous les ustensiles du Chanoyu jusqu'au Kogo, ces ustensiles étant rangés dans une boite rectangulaire en bois laqué, qui permet de réaliser des cérémonies nécessitant également un Furogama, mais avec moins de cérémonial que pour le Chanoyu décrit ci-dessus.

Il y a enfin des ensembles qui permettent l'emploi d'un matériel spécifique, c'est-à-dire "portable", qui est donc adapté à ce type d'emploi. On trouve ainsi tout les ustensiles habituellement au centre du Chanoyu, mais avec une taille particulière, c'est-à-dire nettement réduite.

Le Chawan Nodate est donc nettement plus petit qu'un Chawan de taille normale :

chawan portable blog sur le thé

Forcément, pour battre le Matcha dans un aussi petit bol à thé, il faut un Chasen de taille adaptée :

chasen pour cérémonie du thé d'extérieur

Un Chashaku de même taille réduite va également avec cet ensemble :

blog sur le thé

Mais ce ne sont pas là les seules adaptations de ces ustensiles pour tenir une cérémonie du thé d'extérieur, car ce matériel est conçu pour prendre le moins de place possible et tenir dans une gaine de rangement et de protection. Le manche du Chasen est ainsi évidé pour permettre le rangement de la cuillère à thé :

club thé chashaku nodate
blog de thé blog thé

Un Natsume adapté fait aussi partie de l'ensemble, toujours de taille réduite bien entendu.

cérémonie du thé nodate cérémonie du thé d'extérieur

Le tout tient ainsi dans un espace réduit au strict minimum et pourtant très fonctionnel qui fonctionne tout aussi bien pour l'Usucha que pour le Koicha et qui permet de prendre son Matcha virtuellement n'importe où, pour peu que l'on se charge en plus d'un thermos d'eau chaude.

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14 avril 2016

Histoire du Thé et du Chanoyu au Japon : Architecture, structure sociale et mutations des usages

kyoto

On peut considérer le Chashitsu comme l'expression la plus tangible de la place du thé dans la société japonaise féodale et effectivement, il arrive que cet élément architectural marque l'espace de façon prépondérante, comme dans le jardin de cette maison de Kyoto, où l'on peut trouver trois Chambres de thé à flanc de colline, toutes différentes dans leur conception. 

kyoto

Le Chashitsu du premier plan est ainsi une illustration du type Soan, au toit de chaume et aux petites ouvertures, le Chashitsu du deuxième plan laisse, lui, plus de place à la lumière tout en conservant encore un plan simple, tandis que le dernier, caché dans les frondaisons, plus luxueusement construit tout en restant assez simple, a un toit de tuiles. La construction à flanc de colline et sous un arbre dominant les autres n'est pas non plus un hasard mais constitue une référence directe aux anciens ermitages de l'époque Kamakura, montrant que le propriétaire connaissait ses classiques littéraires.

kyoto

Nul doute que le propriétaire de ce jardin était plutôt riche et plutôt attiré par le Chanoyu qui est par ailleurs, dans l'imaginaire collectif, bien souvent associé aux guerriers japonais, samouraïs de rang moyen ou Daimyo ... Nous ne sommes pourtant pas là dans la demeure d'un seigneur ou d'un guerrier, mais dans celle d'un riche marchand d'encens.

Structuration sociale et propagation du thé

histoire du japon et des japonais reischauer
La structure sociale sous le shogunat des Tokugawa in REISCHAUER ( Edwin O. ), Histoire du Japon et des Japonais. Tome 1. Des origines à 1945, Éditions du Seuil, Paris, 1973.

La structure sociale féodale japonaise est inspirée des théories sociales confucianistes. La place sociale des artisans est ainsi inférieure à celle des paysans, les marchands étant considérés comme des improductifs et situés au plus bas de l'échelle. De là, l'importante place des marchands sur la vie économique mais aussi culturelle du Japon est alors largement éludée de la littérature, au moins francophone, sur le Chanoyu, et ne parlons pas du net, qui reprend généralement tous les poncifs sur l'introduction du thé au Japon par les moines revenus de Chine et sur "l'appropriation" de la cérémonie du thé par les élites guerrières.

Certes, selon la légende, revenant de Chine, Eichu ( 743 - 816 ) serait le premier à apporter le thé au Japon. De même, Saicho ( 767 - 822 ), fondateur du courant Tendai également appelé École du Sutra du Lotus, branche du bouddhisme Mahayana, serait aussi le premier à apporter le thé au Japon. Kukai ( 774 - 835 ), fondateur du Bouddhisme Shingon, serait aussi le premier à apporter le thé au Japon. Plus tard, Myoan Eisai ( 1141 - 1215 ), fondateur de l'École Rinzai, une branche du bouddhisme zen japonais, aurait rapporté le Matcha de Chine, tandis que Eihei Dogen (1200-1253), fondateur de l'École Soto, une autre branche du bouddhisme zen japonais, aurait lui rapporté bon nombre d'ustensiles, toujours de Chine, Myoe Shonin ( 1173 - 1232 ) quand à lui, plantant le premier jardin de thé du Japon au sud-est de Kyoto, à Uji. De la même façon, on ne peut non plus nier que l'étiquette du Chanoyu faisant partie de l'éducation du guerrier idéal au même titre que l'art de la poésie ou le savoir littéraire, les samouraïs ou Bushi s'investissent dans cette pratique. Mais c'est oublier que les moines sont plus des vecteurs de diffusion d'idées que de réels logisticiens du transport de céramiques et de thé. C'est oublier que la première mention d'un Chagi, une cérémonie où du thé est offert aux participants, qui se tient à la cour impériale, date de 729, ce qui signifie que l'usage du thé était déjà connu et usité avant cette date et que la recherche archéologique a trouvé des graines de thé à Shizuoka datant de la période Yayoi ( -300 - 300 ). C'est également oublier que l'idéal d'un guerrier "complet", qui ne doit pas savoir seulement manier l'arc et le sabre mais qui doit aussi maîtriser le pinceau, se fait peu à peu jour aux prémices du XVème siècle seulement pour devenir une norme au début du XVIIème siècle avec la pacification des Tokugawa.

Mais le passage du Shoin au Soan n'est pas le fait de moines ou de guerriers, et est plus dû à l'influence directe de marchands prospères, tout comme la diffusion des objets pour le thé originaires de Chine, la diffusion par la suite d'objets du thé fabriqués au Japon, la transformation de la cérémonie du thé

On trouve ainsi, dans l'architecture, la trace du passage des modes, parfois condensé dans un espace restreint comme au Kinkaku-ji à Kyoto, où à quelques encablures du pavillon qui attire les visiteurs, se tient un petit Chashitsu qui est un bel exemple du style Soan et qui, à côté du Kinkaku, couvert d'or comme son nom l'indique, accentuant d'autant le contraste, fait plus penser à une masure qu'à une chambre pour le thé.

pavillon d'or kyoto

kyoto chashitsu chashitsu soan
chashitsu chanoyu

Le rôle des grands marchands et l'essor du Chanoyu

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Portrait de Sen No Rikyu par Hasegawa Tohaku, calligraphie par Shun'oku Soen, XVIème siècle. Photographie © Fondation Omotesenke Fushin'an

Si beaucoup de monde connait Sen No Rikyu ( 1522 - 1591 ), peu de monde connait Tsuda Sogyu ( † 1591 ) et Imai Sokyu ( 1520 - 1593 ). Pourtant, ils étaient tous les trois installés à Sakai, étaient tous trois des fils de marchands importants, étaient eux-mêmes des marchands prospères et furent tous trois les maîtres de thé ( Chato ) en charge du Chanoyu pour Oda Nobunaga puis pour Toyotomi Hideyoshi.

Il ne tirèrent pas non plus leur savoir de leurs seules expériences. Tsuda Sogyu suivi l'enseignement de son père, Tsuda Sotatsu ( 1504 - 1566 ) qui maîtrisait déjà le Chanoyu et est l'auteur initial des Tennojiya Kaiki ( Annales des rencontres de thé ) en 1548. Imai Sokyu et Sen No Rikyu furent les disciples de Takeno Joo ( 1502 - 1555 ), riche marchand de Sakai, qui leur enseigna le Chanoyu et occupa une place importante dans leur apprentissage, Imai Sokyu épousant même la fille de Takeno Joo.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tellement de maître du Chanoyu sont alors originaires de Sakai, car c'est dans ce lieu que ce type de cérémonie est alors en vogue, tandis que d'autres types de cérémonies plus formelles sont en vogue à Kyoto. On y pratique ainsi le cérémonie du thé Yotsugashira, littéralement la cérémonie des Quatre Têtes, c'est-à-dire la cérémonie des Quatre Honorés. Celle-ci est clairement d’inspiration chinoise par son organisation, les convives, assis sur des fauteuils, étant répartis de part et d'autre de la salle, autour d'un axe central marqué par un autel.

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Cérémonie du thé Yotsugashira. Croquis © Marc Peter Keane / Stone Bridge Press in KEANE ( Marc Peter ), The japanese tea garden, Stone bridge press, Berkeley, 2009.

Dans cette cérémonie, le mobilier et les ustensiles sont également d'origine chinoise, ce qui correspond au goût d'alors, signe d'une culture Lettrée qui trouve une bonne par de ses racines en Chine, mais qui est aussi une certaine recherche de la complexité et peut être aussi de l'ostentation, pas parce que les objets chinois sont nécessairement sur-décoré, mais parce que provenant de loin, ils sont relativement coûteux, Kyoto concentrant par ailleurs une bonne part de riches nobles. Ainsi, lorsque la mode change à Kyoto et se tourne vers le Chanoyu, plus axé sur la simplicité et le dépouillement, c'est tout naturellement vers Sakai que se tournent les puissants que cette nouvelle mode intéresse.

L'histoire de l'établissement du Chanoyu tel qu'on le connait actuellement est elle aussi plus compliquée et plus protéiforme que l'on peut couramment le lire. Si Sen No Rikyu en est une figure centrale pour son travail de codification et de transmission, on a un peu trop vite oublié Murata Juko ( 1423 - 1502 ), lui aussi un marchand, qui est l'inventeur du Chanoyu et de la chambre de thé de 4 tatamis et demi chère à Sen No Rikyu. Murata Juko laissa également un écrit majeur du Chanoyu, le Kokoro no fumi, c'est-à-dire la Lettre du cœur, mettant l'accent sur la simplicité tout en ne condamnant pas les objets de prix mais prônant une sorte d'harmonie, et ce n'est donc pas par hasard qu'il reçu le soutient de divers protecteurs dans la petite noblesse, aux moyens relativement modestes, comme Furuichi Choin ( 1452 - 1508 ) qui sera son disciple et développera lui, avec son frère Furuichi Choei, le Rinkan Chanoyu, sorte de Chanoyu qui intègre le bain collectif dans sa pratique ! Enfin, c'est également du fait de Murata Juko que le Chanoyu est fortement influencé par le Zen, ayant reçu l'enseignement de Ikkyu Sojun ( 1394 - 1481 ). Takeno Joo s'inspirera ensuite des écrits de Murata Juko, et jouant le rôle décrit un peu plus haut ...

Ainsi, le Chanoyu, s'il gagne une place prépondérante dans les habitudes par l'intérêt que lui porte Oda Nobunaga puis Toyotomi Hideyoshi, a été pensé bien en amont par un groupe social initialement considéré avec un certain dédain tout en étant largement sollicité et utilisé par les classes dirigeantes. Les marchands n'y perdent d'ailleurs pas au change, trouvant par là une certaine ascension sociale, les classes n'étant pas aussi rigide que l'on peut le penser, le meilleur exemple étant justement Sen No Rikyu, qui était samouraï, comme le prouve sa mot, ayant reçu la faveur de faire Seppuku.

L'omniprésence du Chanoyu

Le Chanoyu va ensuite gagner une place prépondérante, si bien qu'il va éclipser toute autre forme de cérémonie du thé dans l'imaginaire collectif jusqu'à y devenir La cérémonie du thé japonaise, à l'exclusion de toutes les autres.

Le Chanoyu impacte aussi rapidement les décors que l'on peut trouver au sein même de la maison japonaise. Comme toujours dans celle-ci, rien de directement ostensible, mais tout est dans les détails minimes, comme les Hikite, poignées de cloisons coulissantes.

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On retrouve ainsi, pour qui sait voir, habilement dispersés, Kama, Kan, Chasen, Gotoku, Furogama, Natsume, Chashaku, Hishaku, Futaoki, Haboki, Haiki, ..., que l'on retrouve au sein des Hikite ou encore inscrits en négatif sur les Ranma, certains éléments de décors devenant parfois prisés et reproduits dans des catalogues de modèles pour charpentiers et ébénistes.

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